[7 janvier - 20:27]

Blog - Législateurs et défenseurs

3 juin 2006

Hélène Flautre et sa visite mouvementée en Tunisie

par Hélène Flautre



« C’est une journée noire pour la Tunisie, marquée par un niveau de répression sans précédent a l’occasion du congrès de la ligue, visant, dans un climat d’hystérie, tant les militantes et les militants, que les observateurs internationaux invités par la ligue » a déclaré Mokhtar Trifi, Président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme.

On savait le régime tunisien peu tendre avec les libertés publiques (notamment lors du sommet mondial sur l’information l’hiver dernier). Hélène Flautre, députée européenne et présidente de la sous-commission des droits de l’homme du parlement européen a été invitée par la LTDH à participer au 6ème du Congrès de la LTDH (27 et 28 mai), la première ligue nationale des droits de l’homme d’Afrique.

Pour Hélène Flautre, « il est plus que temps que l’Union européenne passe à l’action avec la Tunisie. Tout un chacun avait déjà pu constater, lors de la tenue du Sommet mondial sur la société de l’information à Tunis en novembre 2005, le caractère liberticide du régime. Les délégations du Parlement européen et de la Commission avaient alors été les témoins directs des nombreuses violations des droits de l’Homme. »

Portable confisqué, harcèlement policier, empêchée de tenir une conférence de presse ou de rencontrer les opposants au régime tunisien pour ensuite être insultée, la députée a donc vraiment eu des difficultés alors que la présidence autrichienne de l’Union Européenne, comme les réprésentants français n’ont pas daigné être présent pour soutenir les droits de l’homme en Tunisie : elle a par exemple vu sa réservation d’hôtel annulée et elle a été suivie par une voiture de policiers en civil dès son arrivée.

Pour Michel Tubiana, observateur mandaté par la FIDH et la LDH « le silence atterrant de la France, non représentée par des observateurs, ce qui confirme pour le moins une duplicité coupable entre les gouvernements des deux pays, et ce au plus haut niveau »

Alors que la direction de la LTDH doit affronter procès à répétition, la police tunisienne empêche depuis plusieurs mois avec des barrages d’entrer au siège de la ligue, à l’exception des membres de la direction. C’est donc en cette période difficile que la ligue a tenté de tenir son sommet, qui a été évidemment interdit par le régime.

A l’origine de cette opposition, le projet « réforme de la justice » financé par l’UE : d’abord consulté sur une première version, le Conseil de l’Ordre des Avocats a finalement vu apparaître un deuxième projet de loi liant l’institut de formation des magistrats au ministère de la justice et qui ne garantit donc pas leur indépendance.

De plus, le président de la ligue, Maître Mohamed Abboua a été incarcéré pour 3 ans et demi après la publication sur le Web de 2 articles dont l’un sur la corruption au pouvoir : en signe de protestation à la violation de son droit à la liberté d’expression il s’était cousu la bouche.

Hélène Flautre témoigne dans un compte-rendu de son expérience et formule ensuite des recommandations à destination de la Commission et du Parlement. Elle estime que « des mesures immédiates doivent être exigées par l’UE : libération de Maître Abbou, déblocage des fonds alloués à la société civile tunisienne, fin du harcèlement des défenseurs des Droits de l’Homme et arrêt du harcèlement judiciaire de la LTDH. La Commission européenne doit suspendre son projet d’appui à la réforme de la justice. La mise en Å“uvre de ces mesures doit conditionner les futures relations entre l’UE et la Tunisie ».

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