Outils pour
18 novembre 2008
15 Novembre 2008
Aujourd’hui, 15 Novembre, c’est la Journée de l’Écrivain en Prison. La situation des écrivains et journalistes persécutés dans le monde s’est gravement détériorée pendant ces douze derniers mois. Le Comité du PEN International pour la défense des écrivains persécutés (CODEP/WIPC)* a répertorié plus de mille attaques contre des écrivains et des journalistes dans 90 pays à cause de leurs écrits. Deux cents victimes ont été condamnées à de lourdes peines de prison, plusieurs centaines d’autres harcelées, arrêtées, torturées, emprisonnées ou isolées en hôpital psychiatrique. Pire encore, cette ultime forme de censure criminelle : tuer l’auteur dont les mots dérangent. Une trentaine d’assassinats ont été recensés : Somalie 2, Nigéria 1, Mexique 8, Guatemala 2, Equateur 1, Venezuela 1, Pakistan 6, Philippines 2, Népal 1, Inde 1, Cambodge 1 Thaïlande 3, Sri Lanka 1, Russie 3, Bulgarie 1, Croatie 1, Irak 5…(liste jointe).
Cette année, PEN International portera son regard sur les cas d’Eynullah Fatullayev, journaliste azerbaijan (8 ans de prison) ; Tsering Woeser, écrivaine et poète tibétaine (interdite de séjour au Tibet, harcelée et menacée en Chine) ; Mohammad Sadiq Kabudvand, journaliste kurde en Iran (11 ans de prison) ; Melissa Rocio Patino Hinostroza, étudiante et poète péruvienne (accusée d’avoir des liens présumés avec une organisation terroriste) et sur le sort des auteurs, des membres de la distribution et de toute l’équipe technique de la pièce satirique ‘’Le Crocodile de Zambezi’’ interdite en Zimbabwe, dont le directeur de production Lionel Nkosi, torturé et menacé de mort, l’acteur Aleck Zulu, battu, les dramaturges Raisedon Baya et Christopher Mlalazi, menacés. Ce sera une Journée de Solidarité et du Soutien envers les écrivains et journalistes devenus des cibles de l’intolérance et de la dictature. Les auteurs assassinés seront commémorés par des milliers de membres du PEN International, dont fait partie la Suisse avec ses trois Centres Allemand, Romand et Italien et Réto-Romanche. Et l’impunité de leurs assassins sera dénoncée.
D’ailleurs, le Congrès du PEN International à Bogota, en Colombie, en septembre dernier, avait déjà dénoncé et condamné la répression et les menaces à l’encontre des écrivains, journalistes et défenseurs des droits humains en Afghanistan, en Chine, en Colombie, au Cuba, en Iran, en Mexique, en Russie, au Zimbabwe et au Viêt Nam. Dans ce dernier État, être un poète ou une écrivaine, un journaliste ou une avocate est toujours une carrière dangereuse. Reporters Sans Frontières vient de publier son 7è Classement Mondial de la Liberté de la Presse. Sur 173 Etats évalués, le Viêt Nam occupe la 168è position, avant Cuba, la Birmanie, le Turkménistan, la Corée du Nord et l’Érythrée (173è), mais derrière la Chine, l’Iran, le Sri Lanka et le Laos (164è).
En réalité, la presse d’opinion et les maisons d’édition indépendantes n’ont jamais existé sous la République Socialiste du Viêt Nam. De nombreux gens de plume et cyberdissidents ont été emprisonnés dans des camps de travaux forcés au terme des procès que Reporters Sans Frontières qualifie de ‘’staliniens’’, pour avoir exercé leur droit à la liberté d’opinion et d’expression. Leurs seuls crimes : écrire et publier des articles sur la corruption, l’abus de pouvoir et les atteintes aux droits humains. Les conditions de leur détention sont inhumaines et l’état désastreux de leur santé est préoccupant. Mal nourris et privés de soins médicaux et d’hygiène, des prisonniers d’opinion et de conscience ont été agressés et humiliés par des internés de droit commun, ou torturés par les geôliers et la police de sécurité. Parmi les victimes-témoins : l’écrivaine Trân Khai Thanh Thuy (48 ans) souffrant de tuberculose avancée et de diabète pendant 9 mois en détention. Relâchée, elle porte encore des cicatrices très visibles sur son visage et sa jambe. Elles sont devenues de plus en plus nombreuses, les défenseuses des droits humains, telle Lê Thi Công Nhân (29 ans), membre du barreau de Hanoï et de l’Union Internationale des Avocats (UIA)**, avocate des droits humains et cyberdissidente, condamnée à 3 ans de prison. Du 27 décembre 2007 au 3 janvier 2008, elle avait entamé une grève de la faim contre des conditions de détention insupportables du camp Hoa Lo Moi (Nouveau Fourneau) près de Hanoi. Ou encore, Bui Kim Thanh (49 ans), internée en hôpital psychiatrique, de novembre 2006 à juillet 2007 et de mars à juillet 2008. Conseillère juridique bénévole pour des paysannes dépossédées de leur terre, elle avait publié en ligne des critiques sur l’injustice sociale. Durant ces incarcérations, elle avait été violemment battue et injectée de force avec des médicaments inconnus. À chaque fois, elle a été relâchée, sans aucune inculpation, grâce à la pression internationale. Après sa dernière libération, elle a été contrainte de s’exiler pour échapper à une nouvelle arrestation et pour ne plus revivre l’enfer de hôpital psychiatrique. Parmi d’autres femmes courageuses : Hô Thi Bich Khuong (41 ans), cyberdissidente et défenseuse des droits humains, arrêtée le 25 avril 2007 et condamnée secrètement à 2 ans de prison le 24 avril 2008, torturée en détention ; Lê Thi Kim Thu (40 ans), reporter et photographe indépendante, arrêtée le 14 août 2008 et condamnée à 1 an et 6 mois de prison le 7 novembre 2008, et Pham Thanh Nghiên (31 ans), journaliste indépendante, arrêtée le 17 septembre 2008...
Parmi les prisonniers d’opinion et de conscience vietnamiens des plus connus : depuis 2003, Dang Phuc Tuê (Vén. Thich Quang Dô) (80 ans), moine et intellectuel bouddhiste, maintenu en résidence surveillée depuis 2003 ; depuis 2007, Nguyên Van Ly, prêtre et rédacteur de la revue clandestine Tu Do Ngôn Luân (Liberté d’Opinion), condamné à 8 ans de prison ; Nguyên Phong and Nguyên Binh Thà nh, collaborateurs à la rédaction, 6 et 5 ans de prison ; Nguyên Van Dà i, membre du barreau de Hanoi, avocat des droits humains et membre fondateur du Comité des Droits de l’Homme du Viêt Nam (interdit), 4 ans de prison ; Trân Quôc Hiên, avocat des droits humains et porte-parole de l’Union Indépendante des Travailleurs et des Paysans (interdite), 5 ans de prison ; Lê Nguyên Sang, médecin et cyberdissident, 4 ans de prison ; Nguyên Bac Truyên, avocat des droits humains et cyberdissident, 3 ans de prison ; Huynh Nguyên Dao, journaliste et cyberdissident, 2 ans de prison ; Truong Quôc Huy, Pham Ba Hai et Nguyên Ngoc Quang, cyberdissidents, respectivement 6, 5 et 3 ans de prison ; Truong Minh Duc, journaliste indépendant, 5 ans de prison, en très mauvaise santé, Nguyên Van Hai, journaliste indépendant (blogueur Diêu Cay), membre fondateur du Club des Journalistes Libres se concentrant sur deux sujets majeurs ‘’Corruption et Droits Humains’’ (sous menaces et arrestations), 2 ans et 6 mois de prison ; Nguyên Viêt Chiên, journaliste d’investigation, 2 ans de prison.
Par ailleurs, tous les anciens prisonniers relâchés au cours des récentes années continuent à être soumis à la détention administrative, pour une période de 1 à 5 ans (renouvelable) : résidence surveillée, déni du droit à la liberté d’expression, d’association et de mouvement, immixtions arbitraires et illégales dans sa vie privée, son domicile et sa correspondance, restriction sur le droit au travail ou au libre choix du travail. Ils ont été sujets à de fréquents harcèlements ; certains, à des agressions physiques. Nouvelles agressions violentes et arrestations arbitraires, nouveaux procès inéquitables et nouvelles peines de prison injustes ont été enregistrés, avec le non-respect flagrant des droits de la défense et de l’indépendance des juges.
Parmi les personnes récemment arrêtées à la suite d’une vague de répression contre les voix dissidentes, depuis septembre 2008, se trouvent Nguyên Xuân Nghia, écrivain et poète ; Pham Van Trôi, écrivain ; Nguyên Van Tuc, paysan, poète et défenseur des droits humains ; Ngô Quynh, étudiant et écrivain ; Trân Duc Thach, poète ; Vu Hung, enseignant et défenseur des droits humains, torturé en détention ; Lê Thanh Tung, vétéran et journaliste indépendant…
La liste des prisonniers d’opinion et de conscience s’est avérée inexhaustive, au Viêt Nam et sous d’autres cieux ténébreux de la planète. Ayons ensemble une pensée à cet instant de la Journée de l’Écrivain en Prison, pour ces poètes, écrivains, journalistes, parmi tant d’autres victimes, persécutés, torturés, emprisonnés, assassinés ou portés disparus. Remémorons leur voix étouffée, leur plume brisée, leur œuvres confisquées et brûlées, parlons de leur vie et de leur famille menacées ou déjà détruites. Pour que jamais leur tragédie douloureuse ne tombe dans l’oubli, allumons une bougie de l’Espoir, au bord de la fenêtre de notre demeure, tous les soirs, toutes les saisons, toute notre vie. Née discrètement de notre Cœur, cette lueur fragile sera, avec d’autres bougies allumées, une flamme éternelle de l’Amitié et de la Solidarité, à travers la longue nuit de la Répression, avant l’aube de l’Humanité.
* CODEP/WIPC : Comité pour la Défense des Écrivains Persécutés/Writers in Prison Committee.
International PEN Brownlow House, 50/51 High Holborn, London WC1V 6ER, U.K.
* * UIA : Union Internationale des Avocats
25, rue du Jour 75001 Paris France .
Nguyên Hoà ng Bao Viêt
Membre du Centre PEN Suisse Romand du Centre des Écrivains Vietnamiens en Exil/CEVEX et du PEN Club Vietnamien en Europe.
--------------------------------------------------------
Liste des écrivains et journalistes tués de Novembre 2007 à Novembre 2008
selon le Comité du PEN International pour la Défense des Ecrivain persécutés ( Veulliez trouver la liste en attaché)