10 janvier 2012
Le tout premier véritable dialogue sur les droits de l’Homme de l’Union
Européenne avec le Viet Nam doit s’accompagner de la libération de tous
les défenseurs des droits de l’Homme actuellement emprisonnés, en
détention ou assignés à résidence, indiquent le Comité Vietnam pour la
Défense des Droits de l’Homme (CVDDH) et l’Observatoire pour la
Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme, programme conjoint de
la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et
de l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT).
Le 12 janvier 2012, l’Union Européenne (UE) tiendra son tout premier
véritable dialogue annuel sur les droits de l’Homme avec le Viet Nam à
Hanoi. L’institutionnalisation d’un dialogue de haut niveau sur les
droits de l’Homme fait suite à la conclusion d’un Accord de partenariat
et de coopération (APC) entre l’UE et le Viet Nam, dont la signature est
prévue à la mi-2012. Le dialogue a lieu alors que la répression contre
la dissidence et l’emprisonnement des défenseurs des droits de l’Homme
sont continus depuis 2009, les dernières condamnations ayant eu lieu il y
a moins de deux semaines.
« La liberté des défenseurs des droits de l’Homme de
travailler sans craindre des représailles devrait figurer en bonne place
dans l’agenda de ce premier dialogue, et l’UE devrait prendre toutes
les mesures nécessaires, avec une volonté politique suffisante, pour
faire pression sur le gouvernement vietnamien pour qu’il les protège
plutôt que de les envoyer en prison », a dit Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.
Le 29 décembre 2011, un tribunal de la province de Nghe An, au
centre du Viet Nam, a condamné Mme Ho Thi Bich Khuong et le Pasteur
Nguyen Trung Ton, deux défenseurs oeuvrant pour les droits sur la terre
et la justice sociale, à respectivement cinq et deux ans
d’emprisonnement pour avoir eu des « activités sapant l’Etat » et fait
« circuler de la propagande contre la République Socialiste du Viet
Nam » (article 88 du Code pénal), après que la police eut saisi chez
Mme Bich Khuong 78 articles en faveur des droits de l’Homme. Mme Bich
Khuong et le Pasteur Ton ont, outre leur peine d’emprisonnement, été
condamnés à respectivement trois et deux ans d’assignation à résidence.
La presse officielle vietnamienne a également accusé Mme Bich Khuong et
le Pasteur Ton d’avoir « collecté des documents et écrit des articles
qui entachent la réputation du Parti communiste et du régime
socialiste ». Mme Bich Khuong était aussi accusée d’avoir donné des
interviews à des médias à l’étranger et rejoint des mouvements
pro-démocratie dont le but est de « s’opposer à l’Etat ». Ils sont tous
deux détenus dans la province de Nghe An. Mme Bich Khuong a annoncé son
intention de faire appel.
Mme Bich Khuong et le Pasteur Ton figurent parmi des dizaines de
défenseurs des droits de l’Homme, écrivains et militants harcelés,
arrêtés, détenus ou condamnés à des peines de prison ces deux dernières
années pour leurs activités en faveurs des droits (Voir la liste
non-exhaustive, compilée par le CVDDH, des cas particulièrement
préoccupants de défenseurs des droits de l’Homme et activistes en
détention ou en résidence surveillée au Viet Nam).
Les porte-parole et diplomates du gouvernement vietnamien déclarent
régulièrement que le Viet Nam respecte les droits de l’Homme dans ses
lois et en pratique. Au mois de février 2011, le Viet Nam a annoncé son
intention de postuler pour un siège au Conseil des droits de l’Homme de
l’ONU en 2013-2016, et est soutenu en cela par les Etats membres de
l’ASEAN.
« Le Vietnam croit apparemment qu’il peut produire des
engagements sur les droits de l’Homme pour l’exportation et violer ces
mêmes droits à l’intérieur du pays », constate Vo Van Ai, président du CVDDH. « Il
est grand temps que l’UE exige des réponses du Vietnam quant à cet
écart et donne la priorité aux droits de l’Homme dans ses relations
bilatérales avec le Vietnam afin de mettre un terme aux assauts actuels
contre les libertés fondamentales sur le terrain ». M. Ai
demande en particulier à l’UE de faire pression pour la libération de
Thich Quang Do, qui est en résidence surveillée de fait sans charge ni
procès du fait de son engagement en faveur des droits de l’Homme.
« La liberté de celles et ceux qui défendent les droits
des autres est la pré-condition évidente pour un véritable dialogue
digne de ce nom. Des progrès véritables et mesurables dans ce domaine
doivent être le critère du succès d’un tel dialogue », a dit Gerald Staberock, secrétaire général de l’OMCT.
— Liste non-exhaustive des cas
particulièrement préoccupants de défenseurs des droits de l’Homme et
d’activistes en détention ou en résidence surveillée au Viet Nam —
- Le Patriarche suprême de l’Eglise Bouddhique
Unifiée du Vietnam (EBUV) Thich Quang Do, en résidence surveillée sans
procès dans le monastère Zen Thanh Minh à Ho Chi Minh Ville. Il est
privé de son droit de voyager, ses communications sont censurées et
toutes les visites sont contrôlées. Il est privé de ses droits civiques,
privé par exemple de son permis de résidence obligatoire (ho khau) sans
lequel le citoyen est en situation d’illégalité. Thich Quang Do a passé
plus de 29 ans en prison, en résidence surveillée ou en exil intérieur
pour ses appels pacifiques en faveur de la liberté religieuse, des
droits de l’Homme et de la démocratie. Il a été reconnu victime de
détention arbitraire par le Groupe de travail de l’ONU sur la détention
arbitraire (Avis 18/2005).
- Bien que le blogueur Nguyen Van Hai (alias Dieu
Cay), fondateur du Club des Journalistes Libres, aurait dû être libéré
au terme de sa peine en octobre 2010, il reste détenu à ce jour, de
nouvelles accusations pour « propagande contre l’Etat » ayant été
portées à son encontre le 20 octobre 2010. Il avait été condamné à deux
ans et demi de prison sous le prétexte fallacieux d’« évasion fiscale »
en septembre 2008. Sa famille n’a pas été autorisée à le voir depuis et
sa situation actuelle est inconnue. Le 5 juillet 2011, l’épouse de Dieu
Cay a été informée par le Lt-Colonel Dang Hong Diep du Département des
investigations de la sécurité de Ho Chi Minh Ville que Dieu Cay avait
« perdu sa main (ou son bras) » en prison.
- Le 4 avril 2011, M. Cu Huy Ha Vu, expert
judiciaire et défenseur des droits environnementaux et politiques, a été
condamné à sept ans d’emprisonnement et trois ans de résidence
surveillée par le Tribunal populaire de Hanoi pour avoir « diffusé de la
propagande contre la République Socialiste du Viet Nam » (article 88 du
Code pénal), à la suite d’un procès inique où lui ont été déniés ses
droits à un procès public par un tribunal compétent, indépendant et
impartial. Sa condamnation a été confirmée en appel, le 2 août 2011.
Deux semaines avant son arrestation, le 5 novembre 2010, le 21 octobre,
M. Ha Vu avait porté plainte contre le Premier Ministre pour avoir signé
le Décret 136 de 2006 qui interdit le recours aux actions de groupe.
- Le journaliste freelance Truong Minh Duc, condamné
à cinq ans d’emprisonnement lors d’un procès inique, le 18 juillet
2008, dans la province de Kien Giang, pour avoir « profité des libertés
et droits démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de l’Etat »
(article 258 du Code pénal), en raison de ses écrits sur la corruption à
Kien Giang. L’épouse de M. Truong Minh Duc a indiqué que son mari était
en très mauvaise santé et subissait des conditions de détention
extrêmement dures. Il a été transféré, début avril 2010, du camp
principal K2 de la prison de Xuan Loc, dans la province de Dong Nai, où
il se trouvait depuis 2007, vers une section en pleine jungle connue
sous le nom de K4.
- L’écrivain Nguyen Xuan Nghia, condamné le 9
octobre 2009 par le Tribunal populaire de Haiphong à six ans
d’emprisonnement et trois ans de « détention probatoire » (assignation à
résidence) pour « propagande contre la République Socialiste du Viet
Nam » (article 88 du Code pénal), pour avoir défendu et écrit en faveur
des droits de l’Homme et en raison de ses appels pour des réformes
démocratiques.
- Mme Pham Thanh Nghien, condamnée, le 29 janvier
2010, par le Tribunal populaire de Haiphong à quatre ans
d’emprisonnement suivis de trois années d’assignation à résidence pour
« propagande contre la République socialiste du Vietnam » (article 88 du
Code pénal), pour avoir organisé des manifestations et défendu les
droits des paysans à la terre.
- L’entrepreneur Internet et blogueur Tran Huynh Duy
Thuc, militant pro-démocratie dont les écrits défendent les libertés, a
été condamné à 16 ans de prison et cinq ans d’assignation à résidence
par le Tribunal populaire de Ho Chi Minh Ville, le 20 janvier 2010, pour
« activités visant à renverser l’administration du peuple » (article 79
du Code pénal) en utilisant l’Internet et les blogs pour faire circuler
les idées démocratiques. En compagnie d’autres militants, il avait
initialement été inculpé pour violation de l’article 88 du Code pénal,
c’est-à-dire propagande anti-socialiste, et leurs « confessions »
avaient été diffusées à la télévision d’Etat. Les charges ont
soudainement été changées en violation de l’article 79, qui relève d’un
crime bien plus grave et prévoit la peine capitale. Tran Huynh Duy Thuc a
eu une pleine plus lourde que ses co-inculpés parce qu’il a refusé
d’admettre avoir commis un crime et demandé la clémence. Les autres
membres de son groupe sont :

L’ingénieur
en technologie de l’information formé en France et blogueur Nguyen Tien
Trung, condamné à sept ans de prison et trois ans d’assignation à
résidence pour avoir utilisé Internet pour appeler à des réformes
politiques ;

L’homme
d’affaire Le Thang Long, condamné à cinq ans de prison et trois ans
d’assignation à résidence (réduit à trois ans et demi en appel),
également pour avoir publié des appels en faveur de la démocratie sur
Internet ;

M. Tran
Kim Anh, ancien lieutenant-colonel de l’Armée du peuple, condamné à
cinq ans et demi de prison et trois ans d’assignation à résidence pour
les mêmes chefs d’inculpation, le 28 décembre 2009, par le Tribunal
populaire de la province de Thai Binh pour ses articles en faveur de la
démocratie publiés sur Internet.
- M. Vi Duc Hoi, militant pro-démocratie qui a écrit
en détails sur la corruption et les injustices au Viet Nam, a été
arrêté le 27 octobre 2010. Le 26 janvier 2011, il a été inculpé de
« propagande contre le gouvernement » et condamné à huit ans
d’emprisonnement suivis de cinq ans d’assignation à résidence. Le 26
avril 2011, sa peine de prison a été réduite par la Cour d’appel de la
province de Lang Son à cinq ans de prison et trois ans d’assignation à
résidence.
- MM. Nguyen Van Lia et Tran Hoai An, membres d’une
secte religieuse non-reconnue et avocats de la cause de la liberté
religieuse, ont été déclarés coupables, le 12 décembre 2011, d’« abus
des libertés démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de l’Etat »
(article 258 du Code pénal) par le Tribunal populaire du district de
Cho Moi, dans la province méridionale d’An Giang. Ils ont été condamnés
respectivement à cinq et trois ans d’emprisonnement.
- Le journaliste Nguyen Van Khuong (nom de plume
Hoang Khuong), reporter du journal d’Etat Tuoi Tre (Jeunesse), a été
arrêté le 2 janvier 2012 pour avoir dénoncé la corruption dans la
police. Il est en détention à Ho Chi Minh Ville pour « manquements
professionnels ». En juillet et septembre 2011, Hoang Khuong avait écrit
une série d’articles révélant les pots-de-vin reçus par la police de la
route. Un policier a été arrêté à la suite de ces articles. Le 28
novembre 2011, le département d’enquête de la police de Ho Chi Minh
Ville s’était plaint de ces articles et avait exigé de Tuoi Tre de
retirer la carte de presse de Hoang Khuong. Dans le même temps, le Ho
Chi Minh City Police Newspaper a publié plusieurs articles dénonçant les
articles de Hoang Khuong et appelant à des « punitions » contre lui. Le
3 décembre 2011, la rédaction de Tuoi Tre l’a suspendu.
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