République démocratique du Congo - Rapport annuel 2008 RSF

par Reporters sans frontières

République démocratique du Congo - Rapport annuel 2008 RSF

Superficie : 2 344 860 km2.
Population : 60 644 000.
Langue : français.
Chef de l’Etat : Joseph Kabila.

L’immense territoire congolais compte des centaines de journaux, ainsi que des dizaines de radios et télévisions privées. Les tensions politiques sont très vives et les médias, dépendants souvent des partis en lice pour le pouvoir et d’hommes d’affaires peu scrupuleux, sont les cibles de nombreux règlements de comptes, parfois meurtriers. Les médias congolais sont fortement politisés et sont, par conséquent, victime des tensions politiques intenses qui parcourent le pays. Suite à l’élection présidentielle de 2006, les médias appartenant à Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président et rival malheureux de Joseph Kabila lors du scrutin, ont été particulièrement visés. Ainsi, le 21 mars, le signal des médias de Jean-Pierre Bemba a été interrompu après que celui-ci avait déclaré, dans une interview en lingala, que l’état-major de l’armée détournait, chaque mois, 500 millions de francs congolais initialement destinés au paiement des salaires des soldats. Les deux jours suivants, des affrontements meurtriers s’étaient déroulés, dans les rues de Kinshasa, entre les Forces armées de République démocratique du Congo (FARDC) et la garde rapprochée du sénateur Bemba. Celui-ci refusait de voir ses hommes intégrer l’armée régulière, estimant ne pas avoir de garanties suffisantes pour sa sécurité. Au cours de ces affrontements, les locaux de Canal Kin Télévision (CKTV), Canal Congo Télévision (CCTV), ainsi que la station Radio Liberté Kinshasa (Ralik), ont été saccagés par des hommes en uniforme. A partir du 21 mars, une grande partie du personnel des médias de Jean-Pierre Bemba se cachait, après avoir régulièrement des reçu menaces de mort et avaient pris des mesures de sécurité exceptionnelles.

D’autre part, une série d’agressions de journalistes par les services de sécurité congolais est survenue lors des cérémonies marquant le 47e anniversaire de l’indépendance du pays, le 30 juin.

Autre signe de l’étroite surveillance dans laquelle doivent vivre les médias privés congolais, quelques temps plus tard, une décision bâclée du ministre de l’Information a réduit au silence pendant plusieurs mois quatre radios associatives de Kinshasa et mettant en péril l’existence de deux cents autres disséminées dans le pays. Le ministère estime que les médias visés ne disposent pas de licence d’exploitation régulière, de récépissé ou de preuves du paiement des taxes dues au gouvernement. Certaines d’entre elles ont par la suite produit les preuves de leur conformité à la loi et, notamment, d’un échéancier négocié avec la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRD). Elles ont repris leurs émissions le 24 octobre. Un vide juridique entoure le statut des radios associatives, qui, sans aucune aide de l’Etat, ont joué un rôle déterminant dans l’information des populations sur le processus de transition et les différentes échéances électorales qu’a connues la RDC ces dernières années. Une solution a finalement été trouvée à la fin de l’année.

Incarcérations fréquentes

Les incarcérations de journalistes sont fréquentes à Kinshasa et dans les provinces. En raison d’une législation absurde, d’un niveau de corruption élevée dans tous les secteurs de l’administration et d’une politique agressive des autorités, les organisations de défense de la liberté de la presse sont parfois confrontées à des situations kafkaïennes. Ainsi, Bosange Mbaka, dit « Che Guevara », éditeur du périodique Mambenga, a purgé dix mois de détention préventive pour une affaire incohérente. Il avait été dépêché par son journal à la Cour suprême de justice à Kinshasa, le 21 novembre 2006, pour couvrir une audience publique, quand des affrontements avaient éclaté entre des soldats et des militants du parti du sénateur Jean-Pierre Bemba. Le bâtiment de la Cour suprême de justice avait été incendié par les manifestants. Lors des heurts, le journaliste avait ramassé le téléphone portable d’un militaire et était allé le remettre au poste de garde. Il avait été arrêté quelques minutes plus tard et inculpé de « vol d’effets militaires ». Le 7 septembre, le journaliste a finalement été acquitté. En tout, dix journalistes congolais ont connu la prison dans le courant de l’année 2007 et cinquante-quatre ont été interpellés par les forces de sécurité, selon l’organisation partenaire en République démocratique du Congo (RDC) de Reporters sans frontières, Journaliste en danger (JED).

Crime odieux

Au-delà de ces mini scandales, habituels dans le pays, un crime odieux, suivi par une scandaleuse erreur judiciaire, a été l’événement le plus marquant pour la presse congolaise. Le 13 juin, aux environs de 21 heures, Serge Maheshe, journaliste et secrétaire de rédaction de l’antenne locale de Radio Okapi, a été tué par deux hommes en vêtements civils, armés de fusils-mitrailleurs kalachnikovs, alors qu’il sortait du domicile d’un ami, dans un quartier résidentiel de Bukavu (capitale du Sud-Kivu, Est). Au moment où, en compagnie de deux amis, il s’apprêtait à monter à bord de son véhicule, marqué du signe « UN » (Nations unies) dont dispose les journalistes de la radio pour se déplacer, les inconnus, qui l’attendaient, leur ont intimé l’ordre de se coucher à terre. L’un d’eux a alors tiré une rafale de deux balles dans les jambes du journaliste, puis trois balles dans la poitrine. Serge Maheshe, 31 ans, travaillait pour Radio Okapi depuis 2002 et était devenu l’une des figures de la presse dans la région.

A la stupéfaction générale, le procès de deux militaires, arrêtés à une cinquantaine de mètres du lieu du crime en possession d’armes à feu ayant servi peu de temps auparavant, s’est ouvert dès le lendemain dans la soirée, devant le tribunal militaire de Bukavu. Une grande rafle avait été ordonnée quelques heures après le crime, au cours de laquelle une vingtaine de personnes ont été arrêtées. A la fin de ce procès, truffé d’aberrations, un nouveau rebondissement stupéfiant est survenu : la condamnation à mort, le 28 août, de quatre personnes, dont Freddy Bisimwa et Masasile Rwezangabo, deux civils préalablement connus pour de petits délits, et deux amis proches de la victime, Serge Mohima et Alain Shamavu. Le jugement a été fondé sur les seules accusations contradictoires des deux voyous, mais sans aucun élément matériel et une absence totale de mobile. Les autres pistes ont été négligées ou inexplorées. Le scénario de l’accusation ne tenant pas debout, le tribunal a reconnu lui-même la persistance de zones d’ombre dans le dossier. Le jugement exploitait les seuls « aveux » des deux principaux suspects, qui ont durant l’instruction accusé les amis du journaliste d’être les commanditaires du crime, sans avoir pu fournir ni mobile ni élément matériel. Quelques semaines plus tard, nouveau rebondissement : dans une lettre écrite depuis leur prison, les deux voyous ont innocenté les amis du journaliste et accusé deux magistrats militaires de les avoir soudoyés pour les accuser. Ils ont affirmé que ceux-ci leur ont fourni des éléments compromettants, de manière à étayer leur scénario. En attendant le procès en appel, Serge Mohima et Alain Shamavu sont toujours incarcérés et condamnés à mort.

Quelques semaines après Serge Maheshe, Patrick Kikuku Wilungula, photographe indépendant travaillant pour l’Agence congolaise de presse (ACP) et L’Hebdo de l’est, hebdomadaire privé paraissant à Kinshasa, a été tué d’une balle dans la tête par un inconnu, à Goma (Nord Kivu, Est). On ignore encore l’identité et les mobiles de l’assassinat.

Menace permanente

Enfin, dans le courant de l’année, Reporters sans frontières a exprimé son exaspération et son inquiétude devant la multiplication des menaces pesant sur JED, dont les responsables sont contraints de vivre dans un climat d’insécurité permanent. Alors que les menaces de mort et les injures anonymes sont fréquentes, depuis deux ans, les responsables de JED ont reçu en 2007 au moins deux avertissements sérieux, les poussant à quitter momentanément le pays.




Accueil | Qui sommes-nous ? | Bibliothèque | Liens | Médiathèque | Plan du site
Design par Laurent Boucher | Concept SPIP par Rainer Müller

Copyleft 2006 PBI BEO | Avec le soutien de

Belgian Public Service Institut für Auslandsbeziehungen Auswärtiges Amt der Bundesrepublik Deutschland